dimanche 11 décembre 2016

2016-12-11 CRITÈRES DE SÉLECTION

Vous allez trouver que je suis prolifique en articles de blog dans les premiers temps, mais c’est seulement pour établir les bases. J’ai budgété dix ans pour le délai avant le première mise à l’eau, sans oublier que des améliorations sont apportées à chaque année sur tout bateau (je fais encore des ajouts et des modifications au PIERRE-JEAN 24 ans après la mise à l’eau et le gréement du KRAKEN a été passablement modifié durant le premier été). Bref, on met la table côté planification de projet.

Je suis ingénieur de profession et je sais par expérience que plus les modifications sont apportées tôt à un projet, moins elles affectent les coûts et les délais de complétion.

Nous allons donc parler des critères de design et des caractéristiques recherchées. J’avais une bonne liste de critères en tête, vous allez vite comprendre pourquoi le mode « construction » s’est avéré la meilleure option pour moi/nous.

N'oubliez pas que ce blog se veut un dialogue avec vous. Je veux profiter de vos opinions et conseils. Ce qui ne veut pas dire que je vais les suivre!

PARENTHÈSE

Je viens de dire moi/nous. Un aspect très important avant de se lancer dans un tel projet est de s’assurer d’avoir l’appui de sa famille, sinon c’est voué à un échec ou des conflits incessants. J’ai graduellement discuté des étapes menant à la conclusion que la construction était la façon logique de réaliser nos rêves à mon premier officier Caroline. Sinon je me rabattais sur les autres options. C’était très important pour moi. De même que lorsque je me suis lancé dans l’aventure Ironman en 2011, lorsque les implications familiales sont majeures, il ne faut pas faire cavalier seul (voir mon blog à ce sujet). Sauf que cette fois-ci c’est plus un projet familial. Ça nous amène au deal.

LE DEAL

L’été, on passe nos fins de semaines en bateau. On ne s’empêche pas de partir visiter des amis. On ne passe pas toutes les soirées sur la construction.
De toute façon, il faut savoir garder un équilibre. Le meilleur moyen de ne pas terminer ce projet serait d’y consacrer tous nos temps libres, finir par se lasser et éventuellement abandonner ou bâcler le travail. Ça doit rester agréable.

LES CRITÈRES

Poursuivons avec les critères menant au choix du type de bateau et du mode d’acquisition. Parce que j’aurais aussi bien pu en acheter un neuf.

Voyons cela.


Utilisation : Navigation côtière et océanique
Le bateau doit pouvoir traverser sécuritairement un océan. Il sera cependant principalement utilisé en navigation côtière et les premières années seront fort probablement sur le Lac Saint-Jean puisque j’y ai déjà ma place et c’est l’endroit idéal pour réaliser les premiers essais de navigation.
Cependant je ne veux pas de bateau configuré principalement pour du « bluewater cruising » car la majorité du temps il va servir de maison flottante. Ça doit donc être un compromis de ce côté.

Confort pour 2 personnes vivant à l'ancre avec d’occasionnels invités
Et voilà. Caroline et moi devront pouvoir vivre confortablement à l’ancre pendant plusieurs jours/semaines à la fois. Nous supportons très volontiers de nous passer de certains conforts de la vie terrestre mais en même temps nous n’avons pas besoin de 2 salles de bains.

Autonomie maximale
Autonomie en carburant, en eau, en électricité, en vivres, en capacité de réservoir septique sont un must. L’autonomie, c’est aussi d’avoir des pièces de rechange en stock, des outils et des matériaux. Tout ça doit être entreposé quelque part.
Longueur hors-tout désirée entre 34 et 40 pieds
La longueur n'est pas une fin en soi mais plutôt une conséquence des choix techniques. Cependant c’est clair qu’il faut un minimum d’espace. En même temps, plus le bateau grossit, plus il requiert d’éléments d’accastillage, plus il coûte cher à construire et entretenir et plus son opération demande d’efforts.

Superstructure avec pilothouse
Le pilothouse est un must. La plupart des voiliers ont seulement une conduite extérieure. Cependant je suis habitué au confort de la conduite intérieure et je ne ferai pas de compromis sur ce point. Quand je vois mes amis se faire détremper par mauvais temps ou se geler par temps froid, ça ne fait que renforcer mon idée. Et pas question de considérer un « full enclosure » en toile comme un pilothouse.

Construction monocoque
Je ne veux pas de catamaran ni de trimaran. Je préfère le comportement prévisible et la simplicité d’un monocoque.

Construction en acier
Voici un sujet qui prête à discussion. La construction en acier permet d’avoir une coque quasi indestructible. Imaginez frapper un OFNI (Objet Flottant Non Identifié), un conteneur ou un récif à pleine vitesse de coque. Une coque en composite risque de s’endommager de façon irrémédiable. Une coque métallique va absorber le choc en se déformant. 
Pourquoi l’acier maintenant plutôt que l’aluminium? L’acier est plus commun et beaucoup plus facile à souder et entretenir que l’aluminium. Par ailleurs, la corrosion galvanique est un cauchemar potentiel sur un bateau en aluminium. Un bout de câble électrique en cuivre échappé dans le fond de la cale pourrait éventuellement la percer.
Les différents auteurs parlent beaucoup de « cupronickel ». Ce métal a d’excellentes propriétés côté corrosion et c’est un antifouling naturel. Ça pourrait être intéressant pour tout ce qui est sous la ligne de flottaison. J’ai encore un peu de temps pour investiguer ça. L’alliage à considérer serait du C70600, à 90% de cuivre et 10% nickel environ ou encore du C71500 (70/30). Ça risque d’être cher mais ça présente l’avantage d’éliminer ou presque l’entretien. À suivre. Ceux que ça intéresse peuvent lire cet intéressant article.

Dégagement intérieur minimum 6 pieds 4 dans le carré et le pilothouse
Les aires les plus utilisées devront me permettre d’être debout sans être penché. Je suis cependant prêt à faire des compromis pour la chambre à coucher si c’est pour améliorer les dimensions du cockpit.

Fenêtres et portes étanches
On élimine le bois pour les cadres de fenêtres. Il faut une étanchéité à toute épreuve. Toutes les ouvertures devront résister à un puissant jet d’eau.


Stabilité
Sans entrer dans le détail des courbes de stabilité, des moments de renversement et des ratios de stabilité à l’endroit/à l’envers, le bateau devra pouvoir résister suffisamment à un chavirement et être relativement instable en position chavirée pour se redresser seul. Cela implique aussi que l’étanchéité devra être prévue pour éviter des voies d’eau majeures un position renversée (ex. prises d’aération conçues à cet effet).

Échouable 
Il faudrait idéalement pouvoir l’échouer sans dommages pour faire des entretiens sur la coque sans avoir besoin de travel lift.

Quille à faible tirant d'eau
Le tirant d’eau devra être raisonnable pour pouvoir s’approcher du bord et débarquer sur la plage sans avoir besoin du dinghy. Pour améliorer les performances au près par faible vent, une dérive rétractable pourrait être envisagée.

Hélice et safran protégés
Pas de long safran qui ne demande qu’à se faire arracher.

Ensemble de la cale accessible pour nettoyage et entretien.
Tous les recoins devront être accessibles pour être nettoyés et entretenus.

Supports pour annexe
L’annexe devra pouvoir être supportée avec des « davits » ou autres système adéquat lors de la navigation côtière.

Support pour radeau de sauvetage
Pas question de traverser un océan ou de s’éloigner des côtes s’il n’y a pas de radeau de sauvetage prêt à être lancé en cas d’urgence.

Pont dégagé et espaces suffisamment larges pour se déplacer
Il faut pouvoir se déplacer sur le pont et faire les manœuvres de façon sécuritaire. Des lignes d'attache devront être prévues pour pouvoir attacher un harnais.
Motorisation diesel, straight shaft, facile d'accès
Pas de système complexe. Tout doit être facile à réparer. La salle des machines peut être compacte mais doit avoir du rangement pour des outils et des pièces. Le moteur doit pouvoir être retiré pour entretien sans avoir à démanteler la superstructure.

Gréement simple
Les voiles doivent être de type assez commun, faciles à utiliser. Pas d’assistance électrique pour les winches et les guindeaux. Que du robuste.

COMMODITÉS À BORD
C'est la partie qui intéresse le plus la première officière:
Dessalinateur
1 salle de toilette
Douche
Chauffe-eau
Chauffage au diesel pour climats froids
Cuisinière et four
Réfrigérateur
Glacière
Machine à glace

Chambre confortable + sea berths pour dormir par gros temps/gîte

Poignées en abondance pour se tenir en cas de mauvais temps, même dans la noirceur totale

Escalier d'accès avec marches concaves pour usage sécuritaire à gîte

Aucune arête vive à l’intérieur.

Il y a un bel article à lire ici pour la finition intérieure: http://boatbuilder-tips.blogspot.ca/2016/11/finishing-tips-for-good-boat.html

On s’entend, il s’agit d’une liste préliminaire. Certains de ces critères forcent à prendre des décisions très tôt dans le processus, cependant plusieurs autres ne requièrent de l’attention que dans quelques années lorsque l'on va habiller la structure métallique.

Notez que je n’ai pas encore parlé de GPS, radars et autres cinémas maison.


Questions et commentaires sont les bienvenus.

4 commentaires:

  1. Hé bien ! Il est déjà temps de prévoir l'imprévisible. Je suis certaine que tu penseras à tout. Tu auras la chance d'avoir de la jeune main d'oeuvre avec toi dans quelques années. Je te souhaite un beau et bon projet sans embûche insurmontable. Espérant boire du champagne avec vous tous dans 10 ans.

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  2. Tu as déjà défini beaucoup de critères de conception. Je comprends que tu fais un bateau sur mesure et il sera unique. Cependant, ouvre bien les portes pour les compromis. En bateau et en navigation, il y en a beaucoup. Je reviens avec quelques autres commentaires.

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  3. 1- Projet familial: pour la construction pendant 10 ans, peut-être mais pas sûr. Pour la navigation, peu probable. Tes deux garçons auront d'autres projets je pense.

    2-Confort pour 2 personnes: pense à une chambre à coucher bien sûr et à la couchette de veille. Pour les invités, un lit double à même la table du carré suffit. Il te faut du rangement, beaucoup de rangement.

    3-Autonomie maximale: le désalineur pour l'eau, c'est certain. Pour les réservoirs, plus ils sont gros mieux c'est. Pense à une pompe manuelle au pied pour l'eau de mer de rincage de la vaisselle pour économiser l'eau. Pour la fosse sceptique, le meilleur système pour moi est un réservoir que tu vides à la mer avec une pompe macérateur. Oublie la valve en Y.

    4-Échouable: je pense à deux quilles fixes et une rétractable au centre.

    5-Commodité à bord: je crois que la glacière sera plutôt un congélateur. La machine à glace est un gros luxe si c'est pour les drinks.

    6-Pour tout le reste, je t'approuve à cent pour cent.

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    1. Merci pour ces commentaires. Je vais très probablement faire des compromis sur plusieurs caractéristiques.
      Un des avantages de l'autoconstruction est que plusieurs décisions peuvent être réparties dans le temps, notamment celles relatives aux équipements à bord et à l'aménagement intérieur. Je vais cependant avoir d'importantes décisions à prendre tôt dans le processus pour tout ce qui va avoir rapport avec les oeuvres vives.

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