samedi 17 décembre 2016

2016-12-17 UN PEU DE LECTURE

Un projet de construction doit avoir un minimum de planification.

Dans mon cas, ça fait trois ans que je lis sur le sujet. D’abord des histoires de navigateurs, puis ensuite des ouvrages plus techniques. Beaucoup de magazines et de sites internet aussi.

Voici un aperçu de ma bibliothèque :

Récits :

Un livre simplement écrit, sans détours qui nous fait partager le quotidien d’un navigateur solitaire inspiré par Moitessier.

Vagabond des mers du Sud et La Longue Route de Bernard Moitessier.
Inspiré par la lecture du premier, je découvre ce navigateur légendaire, lui-même inspiré par Joshua Slocum. Moitessier, tout comme Slocum, sont des pionniers de la navigation de plaisance au long cours. Les livres de Moitessier regorgent de détails techniques.

As long as it’s fun: the Epic Voyages and Extraordinary times of Lin and Larry Pardey de Herb McCormick
Ce couple a construit un voilier de 25 pieds et réalisé le tour du monde. Ils ont écrit plusieurs récits de voyage et manuels techniques.

Les livres de Georges Leblanc
Ce skipper ne laisse personne indifférent. Soit on l’admire soit on le déteste. J’ai eu l’occasion de lui parler à quelques reprises. Ses récits de traversées sont captivants, et ses récits de naufrages sont terrifiants.

America's Great Loop and beyond: Cruising on a Frugal Budget de John C. Wright
Un guide de navigation sur la Great Loop, mais aussi un guide sur la simplicité et les moyens de réduire les dépenses. Une lecture qui fait réfléchir.

Livres techniques :

Choosing for cruising de Bruce Roberts-Goodson
Un bouquin d’introduction sur les caractéristiques à rechercher sur un bateau de plaisance devant servir à la croisière. L’auteur est un concepteur bien connu. Le niveau de profondeur est cependant plutôt superficiel.

The complete guide to Metal Boats, de Bruce Roberts-Goodson
Un livre survolant les divers aspects reliés aux bateaux métalliques. Permet de démystifier la construction.

Principles of Yacht Design de Larsson et Eliasson
Un guide très technique et très complet sur la conception de bateaux de plaisance. Malgré ma formation d’ingénieur mécanique, il s’agit d’une lecture très aride. Cependant, un précieux outil pour bien comprendre les principes généraux de l’architecture navale.

Un manuel complet sur la mécanique, la plomberie et l’électricité à bord. Ce sera un must lorsque sera le temps de réaliser ces travaux à bord du KRAKEN II.

The Voyager’s Handbook de Beth Leonard
Un manuel complet sur tous les aspects de la vie à bord, incluant une importante section sur les caractéristiques à rechercher sur un bateau.

Fix it and sail: everything you need to know to buy and restore a sailboat on a shoestring de Brian Gilbert
Un court guide sur la restauration de petits voiliers, qui me servira pour retaper EOLE. Il y a quand même deux ou trois trucs qui me serviront pour le KRAKEN II.

Steel Boatbuilding de Thomas Colvin.
Un guide très complet sur la construction en acier. L’auteur réalise la construction de A à Z d’un voilier et en décrit les étapes de façon détaillée tout en prodiguant de nombreux conseils.

Dans le domaine des lectures numériques maintenant :

Blog de mon oncle Réjean qui est parti un an avec sa douce à bord de l'Interrompue. Nonobstant le récit captivant, il y a beaucoup d’info technique sur la vie à bord et l’entretien du bateau. Ce récit a contribué à me donner le goût de partir.

Kasten Marine – Metal Boats
Information technique très pertinente du designer Michael Kasten

Morgan’s Cloud – Attainable Adventure Cruising
Un site très complet dans lequel les auteurs – et les lecteurs – décortiquent et commentent tous les aspects de la navigation de plaisance, de la mécanique aux techniques de navigation. Comme dit mon ami André, ils sont parfois « opiniated » et tranchés dans leurs idées mais ça reste de l’info super valable. Ça vaut la peine de payer pour l'abonnement.

Captain John - Cruising America's Great Loop
Il y a une mine d'information sur ce site, principalement axé sur la navigation intracontinentale, mais ça fait rêver. Même auteur que le livre mentionné plus haut.



D’autres lectures à me conseiller?

dimanche 11 décembre 2016

2016-12-11 CRITÈRES DE SÉLECTION

Vous allez trouver que je suis prolifique en articles de blog dans les premiers temps, mais c’est seulement pour établir les bases. J’ai budgété dix ans pour le délai avant le première mise à l’eau, sans oublier que des améliorations sont apportées à chaque année sur tout bateau (je fais encore des ajouts et des modifications au PIERRE-JEAN 24 ans après la mise à l’eau et le gréement du KRAKEN a été passablement modifié durant le premier été). Bref, on met la table côté planification de projet.

Je suis ingénieur de profession et je sais par expérience que plus les modifications sont apportées tôt à un projet, moins elles affectent les coûts et les délais de complétion.

Nous allons donc parler des critères de design et des caractéristiques recherchées. J’avais une bonne liste de critères en tête, vous allez vite comprendre pourquoi le mode « construction » s’est avéré la meilleure option pour moi/nous.

N'oubliez pas que ce blog se veut un dialogue avec vous. Je veux profiter de vos opinions et conseils. Ce qui ne veut pas dire que je vais les suivre!

PARENTHÈSE

Je viens de dire moi/nous. Un aspect très important avant de se lancer dans un tel projet est de s’assurer d’avoir l’appui de sa famille, sinon c’est voué à un échec ou des conflits incessants. J’ai graduellement discuté des étapes menant à la conclusion que la construction était la façon logique de réaliser nos rêves à mon premier officier Caroline. Sinon je me rabattais sur les autres options. C’était très important pour moi. De même que lorsque je me suis lancé dans l’aventure Ironman en 2011, lorsque les implications familiales sont majeures, il ne faut pas faire cavalier seul (voir mon blog à ce sujet). Sauf que cette fois-ci c’est plus un projet familial. Ça nous amène au deal.

LE DEAL

L’été, on passe nos fins de semaines en bateau. On ne s’empêche pas de partir visiter des amis. On ne passe pas toutes les soirées sur la construction.
De toute façon, il faut savoir garder un équilibre. Le meilleur moyen de ne pas terminer ce projet serait d’y consacrer tous nos temps libres, finir par se lasser et éventuellement abandonner ou bâcler le travail. Ça doit rester agréable.

LES CRITÈRES

Poursuivons avec les critères menant au choix du type de bateau et du mode d’acquisition. Parce que j’aurais aussi bien pu en acheter un neuf.

Voyons cela.


Utilisation : Navigation côtière et océanique
Le bateau doit pouvoir traverser sécuritairement un océan. Il sera cependant principalement utilisé en navigation côtière et les premières années seront fort probablement sur le Lac Saint-Jean puisque j’y ai déjà ma place et c’est l’endroit idéal pour réaliser les premiers essais de navigation.
Cependant je ne veux pas de bateau configuré principalement pour du « bluewater cruising » car la majorité du temps il va servir de maison flottante. Ça doit donc être un compromis de ce côté.

Confort pour 2 personnes vivant à l'ancre avec d’occasionnels invités
Et voilà. Caroline et moi devront pouvoir vivre confortablement à l’ancre pendant plusieurs jours/semaines à la fois. Nous supportons très volontiers de nous passer de certains conforts de la vie terrestre mais en même temps nous n’avons pas besoin de 2 salles de bains.

Autonomie maximale
Autonomie en carburant, en eau, en électricité, en vivres, en capacité de réservoir septique sont un must. L’autonomie, c’est aussi d’avoir des pièces de rechange en stock, des outils et des matériaux. Tout ça doit être entreposé quelque part.
Longueur hors-tout désirée entre 34 et 40 pieds
La longueur n'est pas une fin en soi mais plutôt une conséquence des choix techniques. Cependant c’est clair qu’il faut un minimum d’espace. En même temps, plus le bateau grossit, plus il requiert d’éléments d’accastillage, plus il coûte cher à construire et entretenir et plus son opération demande d’efforts.

Superstructure avec pilothouse
Le pilothouse est un must. La plupart des voiliers ont seulement une conduite extérieure. Cependant je suis habitué au confort de la conduite intérieure et je ne ferai pas de compromis sur ce point. Quand je vois mes amis se faire détremper par mauvais temps ou se geler par temps froid, ça ne fait que renforcer mon idée. Et pas question de considérer un « full enclosure » en toile comme un pilothouse.

Construction monocoque
Je ne veux pas de catamaran ni de trimaran. Je préfère le comportement prévisible et la simplicité d’un monocoque.

Construction en acier
Voici un sujet qui prête à discussion. La construction en acier permet d’avoir une coque quasi indestructible. Imaginez frapper un OFNI (Objet Flottant Non Identifié), un conteneur ou un récif à pleine vitesse de coque. Une coque en composite risque de s’endommager de façon irrémédiable. Une coque métallique va absorber le choc en se déformant. 
Pourquoi l’acier maintenant plutôt que l’aluminium? L’acier est plus commun et beaucoup plus facile à souder et entretenir que l’aluminium. Par ailleurs, la corrosion galvanique est un cauchemar potentiel sur un bateau en aluminium. Un bout de câble électrique en cuivre échappé dans le fond de la cale pourrait éventuellement la percer.
Les différents auteurs parlent beaucoup de « cupronickel ». Ce métal a d’excellentes propriétés côté corrosion et c’est un antifouling naturel. Ça pourrait être intéressant pour tout ce qui est sous la ligne de flottaison. J’ai encore un peu de temps pour investiguer ça. L’alliage à considérer serait du C70600, à 90% de cuivre et 10% nickel environ ou encore du C71500 (70/30). Ça risque d’être cher mais ça présente l’avantage d’éliminer ou presque l’entretien. À suivre. Ceux que ça intéresse peuvent lire cet intéressant article.

Dégagement intérieur minimum 6 pieds 4 dans le carré et le pilothouse
Les aires les plus utilisées devront me permettre d’être debout sans être penché. Je suis cependant prêt à faire des compromis pour la chambre à coucher si c’est pour améliorer les dimensions du cockpit.

Fenêtres et portes étanches
On élimine le bois pour les cadres de fenêtres. Il faut une étanchéité à toute épreuve. Toutes les ouvertures devront résister à un puissant jet d’eau.


Stabilité
Sans entrer dans le détail des courbes de stabilité, des moments de renversement et des ratios de stabilité à l’endroit/à l’envers, le bateau devra pouvoir résister suffisamment à un chavirement et être relativement instable en position chavirée pour se redresser seul. Cela implique aussi que l’étanchéité devra être prévue pour éviter des voies d’eau majeures un position renversée (ex. prises d’aération conçues à cet effet).

Échouable 
Il faudrait idéalement pouvoir l’échouer sans dommages pour faire des entretiens sur la coque sans avoir besoin de travel lift.

Quille à faible tirant d'eau
Le tirant d’eau devra être raisonnable pour pouvoir s’approcher du bord et débarquer sur la plage sans avoir besoin du dinghy. Pour améliorer les performances au près par faible vent, une dérive rétractable pourrait être envisagée.

Hélice et safran protégés
Pas de long safran qui ne demande qu’à se faire arracher.

Ensemble de la cale accessible pour nettoyage et entretien.
Tous les recoins devront être accessibles pour être nettoyés et entretenus.

Supports pour annexe
L’annexe devra pouvoir être supportée avec des « davits » ou autres système adéquat lors de la navigation côtière.

Support pour radeau de sauvetage
Pas question de traverser un océan ou de s’éloigner des côtes s’il n’y a pas de radeau de sauvetage prêt à être lancé en cas d’urgence.

Pont dégagé et espaces suffisamment larges pour se déplacer
Il faut pouvoir se déplacer sur le pont et faire les manœuvres de façon sécuritaire. Des lignes d'attache devront être prévues pour pouvoir attacher un harnais.
Motorisation diesel, straight shaft, facile d'accès
Pas de système complexe. Tout doit être facile à réparer. La salle des machines peut être compacte mais doit avoir du rangement pour des outils et des pièces. Le moteur doit pouvoir être retiré pour entretien sans avoir à démanteler la superstructure.

Gréement simple
Les voiles doivent être de type assez commun, faciles à utiliser. Pas d’assistance électrique pour les winches et les guindeaux. Que du robuste.

COMMODITÉS À BORD
C'est la partie qui intéresse le plus la première officière:
Dessalinateur
1 salle de toilette
Douche
Chauffe-eau
Chauffage au diesel pour climats froids
Cuisinière et four
Réfrigérateur
Glacière
Machine à glace

Chambre confortable + sea berths pour dormir par gros temps/gîte

Poignées en abondance pour se tenir en cas de mauvais temps, même dans la noirceur totale

Escalier d'accès avec marches concaves pour usage sécuritaire à gîte

Aucune arête vive à l’intérieur.

Il y a un bel article à lire ici pour la finition intérieure: http://boatbuilder-tips.blogspot.ca/2016/11/finishing-tips-for-good-boat.html

On s’entend, il s’agit d’une liste préliminaire. Certains de ces critères forcent à prendre des décisions très tôt dans le processus, cependant plusieurs autres ne requièrent de l’attention que dans quelques années lorsque l'on va habiller la structure métallique.

Notez que je n’ai pas encore parlé de GPS, radars et autres cinémas maison.


Questions et commentaires sont les bienvenus.

samedi 10 décembre 2016

2016-12-10 PROLOGUE...

La construction d'un bateau.

Projet ambitieux pour les uns, idée folle pour d'autres.

J'y pensais depuis longtemps.

Ça commence maintenant.

LE KRAKEN

Hiver 2015-2016, je réalise la construction d'un petit voilier pour mes enfants, un modèle Glen L "Eight Ball" en contreplaqué et fibre de verre d'une longueur de 8 pieds. Construction sur plans, avec la quincaillerie, la voile et l'accastillage. Ce projet me tient occupé tout l'hiver et j'ai énormément de plaisir à travailler le bois. Un peu moins d'agrément avec la fibre et l'epoxy, mais il faut ce qu'il faut.
Ce projet me permet de peaufiner mes compétences en ébénisterie et d'apprendre en autodidacte les rudiments de la construction navale. Je mets le paquet pour avoir un résultat d'une qualité irréprochable qui attirera les éloges de mes voisins de quai. Je baptise le bateau "KRAKEN", du nom d'un redoutable monstre marin. D'ailleurs, si ça t'intéresse, l'album photos de la construction est ici.

Le KRAKEN lors du premier habillage de la voile.

Croisière dans le Ruisseau Rouge, avec Daniel aux commandes.



Finalement, les enfants ne s'en servent presque pas mais je me suis amusé comme un fou tout l'été à apprendre la navigation à voile sur le Lac Saint-Jean.

LE TANGO

J'ai tellement aimé le travail de construction que j'ai acheté les plans du TANGO, un modèle de 20 pieds à dérive rétractable, afin de construire un bateau habitable pour les enfants, qui commencent à se sentir à l'étroit à bord du PIERRE-JEAN (Je reparlerai de ce navire plus tard). Ce bateau est le maximum que je peux construire à l'intérieur de mon garage. Cependant, un voisin rencontré par hasard lors d'un 5 à 7 à Nashville (histoire rocambolesque mais vraie) va me donner EOLE, un Challenger 1986 de 20 pieds en fibre de verre dont la valeur marchande est inférieure aux coûts de réparations. Je vais donc épargner les efforts de construction moyennant quelques semaines de travaux pour retaper cet élégant voilier.

LE PROJET

Pendant ce temps, Caroline et moi mijotons des projets de retraite à voile. Nous figurons qu'il nous faudrait un voilier de type "liveaboard" pour voyager à la retraite. Nous avons l'extrême privilège depuis 2014 de passer nos étés au Lac Saint-Jean, plus précisément à la Marina de Roberval, l'une des plus belles marinas au pays, à bord du PIERRE-JEAN, un trawler en acier construit de main de maître par mon père de 1983 à 1992 (un article y sera consacré bientôt).

Le PIERRE-JEAN


Ce bateau est parfait pour des croisières familiales de quelques jours sur le lac mais malheureusement inadéquat pour nos projets à long terme. Il nous faudra donc un navire plus spacieux, à voiles, capable de traverser un océan, pendant que les enfants héritent du patrimoine nautique familial.

Plusieurs options sont disponibles: Acheter un bateau neuf, acheter un bateau usagé, ou construire un bateau.

J'ai encore en mémoire l'image de mon père déroulant les plans de son futur bateau sur le plancher du salon. J'ai aussi en mémoire le souvenir précis de chacun des moments de la journée de la mise à l'eau.

Une seule option me permettra d'avoir la qualité, la robustesse et l'optimisation des différents critères de design. Une seule option me donnera aussi la fierté de naviguer sur le plus beau bateau au monde.

Je me lance dans la construction.

À SUIVRE.